dimanche 4 décembre 2016

The Reasoning - Adverse Camber (2010)

The Reasoning Adverse Camber
The Reasoning - Adverse Camber
(2010) 
Adverse Camber, troisième album de The Reasoning, est une nouvelle étape importante dans la courte carrière de la formation galloise. 

Alors que sur les opus précédents, Awakening et Dark Angel, l'originalité résidait dans la mise en avant de trois voix, celles de Rachel Cohen, Dylan Thompson et Gareth Jones, il est clair que désormais, seule Rachel assure le chant principal. Si Thompson aux intonations sonnant comme Peter Gabriel ou Alessandro Corvaglia (La Maschera Di Cera, Narrow Pass), est toujours présent, même si en retrait, Jones s'en est allé. Afin de renforcer les harmonies vocales, Maria Owen a été recrutée. Mais il faut attendre le quatrième titre, Through The Now, pour que elle et Dylan soient mis au premier plan. Sinon, c'est bien Rachel qui mène la danse, sans que l'on s'en plaigne. Sa voix, aérienne et troublante, synthèse entre Kate Bush et Annie Lennox, demeure toujours aussi enivrante. 

Suite à l'arrivée de Maria Owen, The Reasoning compte désormais sept membres. Aux côtés de Rachel et Dylan, Matthew Cohen assure toujours la basse et Owain Roberts cette guitare électrique aux relents métalliques. Gareth Jones parti, il a été remplacé par Tony Turrell. Souvenez-vous, les claviers sur Raingods With Zippos de Fish, c'est lui. Un nouveau batteur fait son apparition. Il s'agit du jeune Jake Bradford-Sharp seulement âgé de dix-huit ans. Néanmoins, il assure comme un chef. 

A travers les six titres de l'album, dont la durée oscille entre six et huit minutes, et grâce à cet apport de sang neuf, le groupe affirme et affine sa démarche musicale qui se présente sous la forme d'un rock progressif accessible doté d'une pointe de metal. Diamonds And Leather, puissant et énergique, Script-Switch Trigger, fantômatique, suivi de 14, quasi-gothique avec ses riffs heavy et sa basse ronflante, sont les passages les plus marquants.

Réussite certaine, Adverse Camber place The Reasoning au sommet de la seconde vague des formations de rock progressif avec chanteuses. Ils partagent cette enviable position aux côtés de leurs contemporains que sont Breathing Space, Touchstone, Panic Room ou IO Earth. Ainsi, la relève des Iona, Magenta, Mostly Autumn et Karnataka semble assurée. Du moins, presque...


Musiciens


Rachel Cohen : chant, percussions
Dylan Thompson : chant, guitares, mandoline
Matthew Cohen : basse, chœurs, mandoline, percussions
Maria Owen : chant
Tony Turrell : claviers, chœurs
Owain Roberts : guitare
Jake Bradford-Sharp : batterie, percussions

Titres


01. Diamonds And Leather
02. The Nobody Effect
03. The Thirteen Hour
04. Through The Now
05. Script-Switch Trigger
06. 14

samedi 3 décembre 2016

Magenta - Live At Real World (2010)

Magenta Live At Real World
Magenta - Live At Real World (2010)
Le 21 novembre 2009, devant un parterre de soixante privilégiés, Magenta donne un concert acoustique unique dans les mythiques studios Real World de Peter Gabriel, situés à Bath, dans le sud-ouest de l'Angleterre. Live At Real World est disponible l'année suivante sous forme de coffret comprenant deux CD et un DVD. Disons-le tout de suite, il s'agit-là d'une représentation absolument fabuleuse avec une Christina au meilleur de sa forme.

Le set s'ouvre par le Children Of The Sun aux résonances "yessiennes" de Revolutions. Seules onze minutes des vingt initiales ont été conservées, mais il ne perd nullement de sa splendeur. Christina, d'abord hésitante, prend très vite confiance. Elle est entourée de Chris Fry, digne héritier de Steve Hackett et de Steve Howe, à la guitare, et de Rob Reed au piano. Tous trois représentent l'âme de Magenta. A leurs côtés, se tiennent un quatuor à cordes et une joueuse de hautbois. Il faut ensuite attendre le sixième titre, Blind Faith, pour que le reste du groupe vienne les rejoindre : Martin Rosser (guitare), Dan Fry (basse), et le petit dernier Kieran Bailey (batterie).

On s'en doutait déjà, mais les arrangements classiques fonctionnent à merveille. Ainsi, des titres comme Lemminkainen's Lament, Anger, Blind Faith ou Moving On dévoilent toute leur profondeur. Les deux derniers albums sont à l'honneur. La suite Home est constituée de cinq titres et Metamorphosis est joué en intégralité. Certes, ses chansons ont été raccourcies et seule leur essence a été conservée dans les versions présentées. Par exemple, la partie interprétée de The Ballad Of Samuel Layne est celle que l'on connaîtra plus tard sous la dénomination The War Bride's Prayer. Devenue un classique sur scène, cette émouvante chanson incarne les pleurs d'une jeune mariée espérant le retour de son Sam parti combattre au front, lors de la Première Guerre mondiale, et qui n'en reviendra jamais.

Magenta surprend également en se risquant dans l'interprétation de morceaux rarement, voire jamais, joués en concert. Greed de Seven, Cold ou Lemminkainen's Lament sont de ceux-là. Hate You est une exclusivité du futur album solo de Christina encore à paraître à ce moment-là. Elle deviendra Hanging By A Thread sur Broken Lives & Bleeding Hearts. Cerise sur le gâteau, trois autres titres ont été enregistrés le lendemain, sans public, et ajoutés au second CD. Il s'agit de Night And Day, inévitable clin d'œil à Annie Haslam, I'm Alive et All Around The World, vieille chanson de Cyan reprise en 2005 pour le ProgAID.

Avec Live At Real World, Magenta démontre qu'il est la synthèse parfaite entre le Renaissance des années 70 et le Marillion de la décennie suivante. Tout comme Fish, Christina, dont le charisme n'a rien à lui envier, dispose du même don précieux permettant de transmettre le plus naturellement du monde toute une palette d'émotions à la beauté innommable.


Musiciens


Christina Booth : chant
Rob Reed : piano, guitare acoustique
Chris Fry : guitares
Dan Fry : basse
Martin Rosser : guitare acoustique
Kieran Bailey : batterie

Karla Powell : hautbois
Jo Buckland : violon
Tina Jacobs-Lim : violon
Aimee Bryett : alto
Emma Bryden : violoncelle

Titres


1.01. Children Of The Sun
1.02. Cold
1.03. Lemminkainen's Lament
1.04. Hate You
1.05. Anger
1.06. Blind Faith
1.07. King Of The Skies
1.08. Speechless

2.01. This Life
2.02. Moving On
2.03. Demons
2.04. Morning Sunlight
2.05. Journey's End
2.06. Greed
2.07. The Ballad Of Samuel Layne
2.08. Prekestolen
2.09. Metamorphosis

Bonus
2.10. Night And Day
2.11. I'm Alive
2.12. All Around The World

vendredi 2 décembre 2016

Spectral Mornings (2015)

Spectral Mornings 2015 Magenta Steve Hackett Christina Booth
Spectral Mornings (2015)
A l'origine, Spectral Mornings est un instrumental qui a donné son nom au troisième album solo de Steve Hackett en 1979. En 2015, c'est devenu un symbole de lutte contre la maladie de Parkinson. 

Rob Reed, leader de Magenta, a eu l'idée de reprendre ce titre et d'y apposer des paroles en lien avec le combat mené contre ce fléau. Il confie alors ce projet à David Longdon, chanteur de Big Big Train. Une fois ce premier travail accompli, tous deux sont allés voir Steve Hackett pour obtenir l'autorisation de reprendre son morceau. Ce dernier leur a donné non seulement son accord, mais exprime également le vœux de participer pleinement à l'enregistrement. Le premier noyau se forme alors.

Christina Booth, chanteuse de Magenta, est ensuite conviée à partager le chant avec Longdon. La rythmique est, elle, confiée à l'ex-Iona Nick Beggs pour la basse et à l'ex-Spock's Beard Nick D'Virgilio pour la batterie. Enfin, Peter Jones de Tiger Moth Tales jouera de la flûte sur la version instrumentale et Adam Hodgson de Touchstone s'occupera de la pochette du disque. Le point commun entre tous ces protagonistes, outre leur lien avec le rock progressif, c'est qu'ils ont tous connus un proche touché par cette terrible maladie. Dans son dernier opus solo, The Light, Christina fait explicitement référence à ce mal qui a emporté son père. 

Spectral Mornings se présente sous la forme d'un EP quatre titres. Après la version 2015, suivent une version acoustique, une autre instrumentale et une dernière dite "classique". L'ajout d'un texte enrichit le morceau initial et lui donne un côté plus "Genesis", notamment grâce à la voix de Longdon qui ressemble à s'y méprendre à celle de Peter Gabriel. Son duo avec la grande Christina fonctionne à merveille. Et le solo final d'Hackett est renversant. Bref, tout est bon dans ce disque dont les bénéfices des ventes iront à des associations officielles de lutte contre la maladie de Parkinson.

Dix ans auparavant, Rob Reed avait déjà été à l'initiative d'une noble cause réunissant une pléiade d'artistes de la scène prog. C'était le fameux ProgAID venant en aide aux victimes du terrible tsunami qui avait dévasté l'Asie du Sud-Est. A une plus petite échelle, il renouvelle ici son engagement citoyen et on ne peut que saluer son action. 

 

Musiciens


David Longdon : chant, flûte
Christina Booth : chant
Steve Hackett : guitare
Rob Reed : claviers, chant
Nick Beggs : basse
Nick D'Virgilio : batterie
Peter Jones : flûte

Titres


01. Spectral Mornings 2015
02. Spectral Mornings 2015 (Acoustic Mix)
03. Spectral Mornings 2015 (Instrumental)
04. Spectral Mornings 2015 (Classic Mix)

mercredi 30 novembre 2016

Christina - The Light (2015)

Christina The Light
Christina - The Light (2015)
The Light est l'œuvre la plus aboutie de Christina, que ce soit en solo, au sein de Magenta ou dans ses autres projets parallèles. Jamais elle n'avait montré autant d'authenticité et de profondeur. Cet album est brillant, un des plus beaux qu'il m'ait été donné d'écouter. 

Il faut dire qu'il a été engendré dans la souffrance. A quelques mois d'intervalle, Christina a eu le malheur de perdre ses parents. Son père souffrait depuis de nombreuses années de la maladie de Parkinson qui a fini par l'emporter. Durant cette triste période, un cancer du sein lui a été diagnostiqué. Christina s'est battue, rudement, et a vaincu. Puis, une maladie rare auto-imune s'est manifestée. De nouveau, il a fallu qu'elle fasse face.

The Light est le résultat de la traversée de toutes ces épreuves. Impossible pour elle de garder le silence. C'est pourquoi elle n'hésite pas a évoquer la disparition de ses parents ainsi que la fragilité de la vie dans Stay. Disappeared, sa plus belle chanson, aborde avec pudeur la mort de sa mère ("I want you back, I want you back, But you disappeared") alors que Last Breath a été écrite en mémoire de son père. Il faut attendre le dernier titre, The Light, pour qu'une lueur d'espoir apparaisse. Elle se situe au bout d'un long tunnel, et ce n'est autre que sa mère qui l'attend. Grâce à cette lumière, Christina a eu le courage d'affronter une douleur sans fin.

Une nouvelle fois, c'est Rob Reed qui s'est chargé de la production et du mixage. Plus que jamais, il a réussi à mettre en valeur la voix de Christina, transformée en un fragile voile de soie délicatement posé sur la musique. Claviers, basse et guitares sont également de son domaine. Bien évidemment, Chris Fry l'a rejoint à la guitare, de même que la section rythmique live de Magenta, à savoir Dan Nelson et Andy Edwards. Comme sur Broken Lives & Bleeding Hearts, la sœur de Christina, Fran, qui a repris depuis son nom de Murphy, a participé aux chœurs. John Mitchell (Arena, Lonely Robot), Andy Tillison (The Tangent) et Theo Travis (The Tangent, Steven Wilson) font chacun de courtes mais remarquables apparitions. 

Côté influences, on croise la route de Tori Amos (Full Stop), Kate Bush (The Same Old Road), Annie Haslam (The Light), Sting (le saxophone de Travis sur Stay rappelle celui d'English Man In New-York), des Beatles (The Anger In Your Words), et même celle d'un certain Bond, James Bond (When The Darkness Falls ferait un excellent générique d'ouverture au prochain film du plus célèbre des agents secrets britanniques).  

A la fois mélancolique et tout en retenue, The Light est le témoignage émouvant d'une femme qui a connu la souffrance. Cette œuvre lui était nécessaire afin d'aller de l'avant. Christina qui a trouver foi en la vie, nous transmet à travers ce disque sa force et nous conduit, à son tour, vers le chemin duquel émane cette lointaine lumière porteuse d'espoir.  



 

Musiciens


Christina : chant

Rob Reed : claviers, basse, guitare
Andy Edwards : batterie
Fran Murphy : chœurs
Chris Fry : guitare
Dan Nelson : basse
John Mitchell : guitare, chœurs
Andy Tillison : orgue Hammond
Theo Travis : saxophone, flûte

Titres


01. Full Stop
02. Stay
03. Legend In The Making
04. Disappeared
05. When The Darkness Falls
06. The Anger In Your Words
07. The Same Old Road
08. Last Breath
09. The Light

samedi 26 novembre 2016

Christina - Broken Lives & Bleeding Hearts (2010)

Christina Booth Magenta Broken Lives & Bleeding Hearts
Christina - Broken Lives
& Bleeding Hearts (2010)
Broken Lives & Bleeding Hearts est le premier album solo de Christina, la charismatique chanteuse du combo gallois de rock progressif Magenta. Sorti en 2010, il se compose d'une succession de chansons courtes, tantôt enjouées, tantôt introspectives, révélant la facette romantique de Miss Booth. 

Ce disque est né avant tout d'un profond désir de créer et chanter ses propres textes. En effet, au sein de Magenta, c'est le frère de Rob Reed, Steve, qui signe l'essentiel des paroles. La participation de Christina est limitée à quelques singles comme Broken, I'm Alive ou Night And Day. Réduite à un simple rôle d’interprète, certes exceptionnelle, elle a néanmoins éprouvé le besoin de s'affirmer à travers Broken Lives & Bleeding Hearts. Sa participation à d'autres projets parallèles (Caamora, Parzivals Eye,  et dans une moindre mesure Galahad), n'a visiblement pas suffit à satisfaire ce besoin d'émancipation. 

Pour autant, Christina ne s'est pas éloignée complètement de sa famille musicale. L'indispensable Rob Reed se retrouve aux manettes (composition, production, mixage) ainsi qu'aux claviers, basse et guitares. Le talentueux guitariste Chris Fry intervient à la guitare acoustique, tout comme le nouveau batteur du groupe, le jeune Kieran Bailey. Les chœurs sont assurés en partie par sa propre sœur Fran Brimble. 

Afin de parfaire sa musique, Christina a également fait appel à quelques invités prestigieux. Steve Balsamo (The Storys, Chimpan A, IO Earth) est venu poser sa voix sur un Immorality magnifié par les cornemuses celtique de l'ex-Iona Troy Donockley. John Mitchell d'Arena électrise avec sa guitare Deep Oceans et Do Or Die. Son ancien complice de Trippa, Ryan Aston, apparaît à la batterie sur quelques titres, ainsi que le bassiste Andy Coughlan qui joue désormais avec Luna Rossa. 

Les magnifiques illustrations du livret et la pochette réalisées par l'artiste Rosella Buemi aident l'auditeur à se plonger dans cet univers romanesque. Si certains titres évoquent bien Magenta (Tales Of Broken Hearts, Dawn To The River et sa basse heavy), Christina emprunte des sentiers sinueux qui la mènent vers une musique pop rock mélodique aux accents jazzy teintés de gospel (Free, single par excellence). A noter que le fulminant Hanging By A Thread a été interprété en avant-première lors du Live At Real World, concert acoustique donné devant un public restreint dans les fameux studios de Peter Gabriel, le 21 novembre 2009. Son titre provisoire était alors Hate You.

Pour être honnête, malgré ses qualités, Broken Lives & Bleeding Hearts n'est pas un album indispensable. Néanmoins, il permettra à tous les curieux, à tous ceux qui souhaitent se familiariser davantage avec l'univers musical de ce formidable groupe qu'est Magenta, de mieux appréhender Christina, figure emblématique d'un rock progressif au féminin renaissant en phase de confirmation.


Musiciens


Christina : chant

Rob Reed : claviers, basse, guitares
Chris Fry : guitares
John Mitchell : guitares, chœurs
Steve Balsamo : chant
Fran Brimble : chœurs
Troy Donockley : uilleann pipes
Andy Coughlan : basse
Ryan Aston : batterie
Kieran Bailey : batterie

Titres


01. Free
02. Way Back To My Heart
03. Deep Oceans
04. Hanging By A Thread
05. Tales Of Broken Hearts
06. Helen's Song
07. Down By The River
08. Do Or Die
09. Reel Life
10. Immorality
11. Deep Oceans ( Oceans Deep Jem Godfreys Remix)

vendredi 25 novembre 2016

Eivør - At The Heart Of A Selkie (2016)

Eivør Pálsdóttir At The Heat Of A Selkie Danish Radio Big Band
Eivør - At The Heat Of A Selkie
(2016)
Eivør Pálsdóttir n'est pas à proprement parler une chanteuse de rock progressif, c'est une déesse nordique à la voix extraordinaire. Originaire des îles Féroé, petit archipel de l'océan Atlantique situé à équidistance entre l'Écosse, l'Islande et la Norvège, elle compte à son actif une dizaine d'albums, tous aussi passionnants les uns que les autres. 

Sorti en 2016, At The Heart Of A Selkie est un concept-album ayant nécessité trois années de travail. Eivør y raconte la tragique histoire d'une selkie, créature mythologique scandinave mi-humaine, mi-phoque. Capturée par un marin subjugué par son incroyable beauté, elle accepte de se marier avec lui et fonde un foyer. Mais, au plus les années passent, au plus son désir de retourner auprès des siens dans l'infini océan se fait pressant. La nostalgie la gagne ; il lui faudra bientôt faire un choix. 

Eivør a impliqué un certain nombre de personnes dans cette entreprise. Le compositeur danois Peter Jensen a signé les musiques et réalisé les arrangements. Quant aux paroles, elles sont de Marjun Syderbø Kjelnæs, poétesse féroïenne. Aux parties chantées par Eivør, alternent passages instrumentaux du Danish Radio Big Band conduit par le Norvégien Geir Lysne, chants aériens du Danish National Vocal Ensemble et sons naturels reproduisant, par exemple, de l'eau en train de couler. 

Alors que l'on aurait pu s'attendre à un orchestre à cordes, plus adapté à ce type de projet, Eivør a jugé plus judicieux de confronter les cuivres jazzy d'un Big Band à un chœur classique. L'étrange combinaison des deux en une seule entité donne un résultat saisissant et un son rarement entendu jusqu'alors. La musique qui en découle ravira, à ne pas en douter, les mélomanes les plus exigeants. 

Une nouvelle fois, Eivør frappe fort avec cette œuvre des plus ambitieuses. Artiste polymorphe, elle a le don de toujours se trouver là où on ne l'attend pas. Désormais, rien ne semble pouvoir l'arrêter dans sa conquête du monde.


Musiciens


Eivør : chant

The Danish Radio Big Band

The Danish National Vocal Ensemble

Titres


01. Havet (The Ocean)
02. Trettanda Nátt (Epiphany)
03. Verð Mín (Be Mine)
04. Uden Herren Opholder Vort Og Gard (Wedding)
05. Slør (Veils)
06. Vøgguvísa, Eine Kópakona Syngur (Lullaby)
07. Nar Jeg Betænker Den Tid Og Stund (Dream)
08. Salt (Salt)
09. Elskaði (My Beloved)
10. Jeg Vil Mig Herren Love (Return)
11. Lat Meg (Let Me)

mardi 22 novembre 2016

Sarah Dean - The Incredible String Blonde (2016)

Sarah Dean The Incredible String Blonde Blue
Sarah Dean - The Incredible String
Blonde (2016)
Certaines personnes choisissent de chanter seules, avec une simple guitare acoustique. A la guitare, Sarah Dean a préféré la harpe celtique, instrument bien plus original et tout aussi expressif.

The Incredible String Blonde se compose de deux disques, un bleu et un marron. Le but est de rassembler toutes ses chansons interprétées sur scène. Seule avec sa harpe, Sarah les a donc enregistrées dans les conditions du direct, en une seule prise. Elle y chante sa vie, sa vision du monde, ses rencontres et... sa passion pour son chien (Happy Dog). A l'exception de quelques reprises comme la splendide version a cappella de The Traveller's Prayer de l'ex-Pentangle John Renbourn, Sarah interprète ses propres compositions.

Qui dit "harpe celtique" pense automatiquement à Tolkien, aux mondes elfiques ou à Loreena McKennitt. En réalité, l'univers musical de Sarah se rapproche davantage du folk et évoque plutôt les maîtresses du genre que sont Sandy Denny, Judy Collins ou Jacqui McShee. Bien entendu, l'ombre de Loreena McKennitt plane sur certains titres comme Blue Horizon, ou le très aérien Warm Sea fait plutôt penser à Enya. Mais, dans l'ensemble, on a surtout l'impression que Sarah a juste troqué une guitare acoustique pour une harpe. Et cela fait toute son originalité.

Multi-instrumentiste, chanteuse depuis l'âge de sept ans, Sarah a appris très jeune à jouer du piano, de l’harmonica, du saxophone, de la flûte puis de la harpe. Depuis de nombreuses années, elle est membre du trio vocal Soundsphere dont la particularité est de chanter a cappella. Proche de la galaxie "autumnienne", c'est elle qui accompagne Olivia Sparnenn à la flûte sur le nostalgique Old Friend de Through These Eyes, première escapade solo de Bryan Josh sous le nom Josh & Co. Limited. En 2016, elle rejoint The Heather Findlay Band pour une série de concerts et participe à l'enregistrement de I Am Snow aux côtés d'Angela Gordon notamment. Elle a également été conviée à jouer de la harpe celtique sur Secrets & Lies, deuxième album de Luna Rossa, projet acoustique d'Anne-Marie Helder et Jonathan Edwards, tous deux de Panic Room.

Sarah Dean est donc un nom à retenir et The Incredible String Blonde sont deux disques surprenant à écouter sans modération, pour notre seul plaisir.

Sarah Dean The Incredible String Blonde Brown
Sarah Dean - The Incredible String
Blonde (2016)

Musicienne


Sarah Dean : chant, harpe celtique

Titres


Blue EP
01.Beautiful World
02. Cloudstreets
03. Stealing Time
04. Breathe
05. Happy Dog
06. Blue Horizon
07. Warm Sea

Brown EP
01. I Am A Farming Man
02. The Flither Girls
03. The Traveller's Prayer
04. The January Man
05. Yorkshire Bound
06. Bonny At Morn
07. The Ploughboy's Dream

dimanche 20 novembre 2016

Nerissa Schwartz - Playgrounds Lost (2016)

Nerissa Schwartz Playgrounds Lost Frequency Drift
Nerissa Schwartz - Playgrounds Lost
(2016)
Nerissa Schwartz navigue dans la galaxie Frequency Drift depuis de nombreuses années. Sa première apparition date de l'époque Echofields où elle joua de la harpe électrique sur cinq titres de l'album 817 (days) en 2006. On la retrouve ensuite aux côtés d'Andreas Hack au sein du projet parallèle Coronal Rain. Puis, elle apparaît en tant qu'invitée sur Personal Effects Part 2 et Ghosts. C'est à partir de Laid To Rest (2012) qu'elle devient un membre à part entière de Frequency Drift. Sa harpe électrique, instrument peu commun, apporte alors une nouvelle coloration sonore originale à la formation allemande. 

Playgrounds Lost, son premier album solo, a nécessité deux années de travail minutieux, d'introspection et de recherches personnelles sur l'enfance. Seule à la barre, elle a écrit, arrangé, produit et enregistré ce disque instrumental. Elle y joue bien évidemment de la harpe électrique, mais aussi du mellotron, instrument fétiche des amateurs de musiques progressives. 

Centré sur le thème de l'enfance, de ses joies, de sa beauté, de sa fragilité, il se dégage de Playgrounds Lost une ambiance énigmatique, quasi-fantomatique qu'illustre si bien la pochette du disque. Nerissa livre une œuvre troublante et cérébrale, à la beauté froide réchauffée par d'intenses rayons de soleil salvateurs. 

Musicienne


Nerissa Schwartz : harpe électrique, mellotron

Titres


01. Play
02. Dance Around Black Hole
03. Running Out
04. Fireflying
05. Last Spring
06. Yellow Skies
07. Something Behind Trees
08. No More Games
09. Playground Lost

samedi 19 novembre 2016

Flamborough Head - Lost In Time (2013)

Flamborough Head Lost In Time
Flamborough Head - Lost In Time
(2013)
Il aura fallu quatre longues années d'attente pour que Flamborough Head donnent une suite à Looking For John Maddock. Lost In Time, sorti en 2013, est un excellent cru qui se laisse lentement savourer . 

Toujours ancrée dans un style néo-progressif aux couleurs symphoniques, la musique de nos Néerlandais évoque à la fois Pink Floyd pour ses guitares, Camel pour sa flûte et Renaissance pour son piano. Les six titres, d'une durée comprise entre six et douze minutes, ont été composés par le claviériste Edo Spanninga, à l'exception du dernier, Andrassy Road, que l'on doit au petit nouveau Gert Pölkerman. Eddie Mulder, le précédent guitariste, a quitté l'aventure pour se consacrer à d'autres projets comme Leap Day (avec le batteur Koen Roozen), Trion (avec Edo Spanninga) et sa carrière solo. Gert n'est pas un simple remplaçant, il s'est complètement investi dans le projet et a été propulsé ingénieur du son de l'album. D'ailleurs, il a effectué un travail remarquable, jamais un enregistrement du groupe n'avait atteint une telle qualité sonore. C'est un réel plaisir que d'entendre chaque instrument aussi mis en valeur, dans un totale harmonie. 

Comme à l'accoutumée, la chanteuse-flûtiste Margriet Boomsma signe toutes les paroles dans lesquelles elle distille des messages. Par exemple, elle aborde le sujet des enfants (esclaves) envoyés travailler au fond des mines dans The Trapper, surnom qui leur était donné au sud du Pays de Galles. Probablement inspirée lors de la participation du groupe au Mini-Progfestival de 2007 (cf. Live In Budapest), la chanson Andrassy Road porte le nom d'une célèbre avenue de la capitale hongroise sur laquelle se dresse la Maison de la terreur. Cette ancienne prison, transformée aujourd'hui en musée, a servi successivement aux fascistes des Croix fléchées puis aux communistes. Chacun leurs tours, ils y ont enfermé, torturé et éliminé de manière massive leurs opposants politiques de tous bords. 

Désormais signé sur le label polonais Oskar, Flamborough Head continue à confier l'illustration de ses pochettes à Theo Spaay, ce qui donne une unicité à leur passionnante discographie. Lost In Time, comme ses prédécesseurs, ne court pas après un succès éphémère, mais cherche avant tout à installer le groupe dans la durée et mise sur une qualité certaine. Il offre un parfait équilibre entre chant féminin expressif et longs développements instrumentaux complexes qui raviront, à ne pas en douter, autant les néophytes que les oreilles les plus exigeantes.

Musiciens


Margriet Boomsma : chant, flûtes
Gert Pölkerman : guitares, chœurs
Edo Spanninga : claviers
Marcel Derix : basse
Koen Roozen : batterie, percussions

Titres


01. Lost In Time
02. The Trapper
03. Dancing Ledge
04. Damage Done
05. I'll Take The Blame
06. Andrassy Road

mardi 15 novembre 2016

Valeria Caucino - At The Break Of Dawn (2015)

Valeria Caucino At The Break Of Dawn
Valeria Caucino - At The Break
Of Dawn (2015)
Valeria Caucino s'est faite connaître dans le monde du progressif grâce à ses prestations remarquées au sein de la formation génoise Narrow Pass. Sortis respectivement en 2006 et 2009, A Room Of Fairy Queen's et In This World And Beyond demeurent encore aujourd'hui des références. Passionnée de musique celtique (Following My Steps) et de folk nord-américain (Acoustic Tales, Inside), Valeria publie en 2015 At The Break Of Dawn, son disque le plus intimiste et, sans aucun doute, son œuvre la plus aboutie. Tel un précieux collier, il est composé de onze petites perles, toutes aussi somptueuses les une que les autres.

Son intérêt pour l'Irlande se manifeste, notamment, à travers les deux seules reprises de l'album. As I Roved Out, vieille chanson irlandaise à son répertoire depuis des années, est totalement revisitée ici. Avec l'aide de Mauro Montobbio de Narrow Pass, Valeria s'aventure dans l'expérimentation en faisant se confronter modernité et tradition. Armée de son bodhran, instrument de percussion typiquement irlandais, elle immerge sa version dans un son synthétique épuré, que ne renierait pas la formation allemande Deine Lakaien. A nouveau en collaboration avec Montobbio, elle propose une interprétation plus folk-celtique de l'intemporel Flying From Ireland de In This World And Beyond. Dépouillée de ses attributs progressifs, cette nouvelle version nous entraîne vers l'île verte en compagnie d'une simple flûte, d'une guitare acoustique et d'un violon. L'ensemble étant porté par la voix sublime de Valeria.

The Beating Of Life qui ouvre le disque, et son pendant italien Senza Limiti qui le ferme, nous ramènent aux riches heures des années 60 durant lesquelles on pensait que de simples chansons, aussi jolies soient-elles, pouvaient changer le monde. Joan Baez, Judy Collins, Joni Mitchell, Sandy Denny... ces noms surgissent de notre inconscient à leur écoute.

L'appel de la nature se manifeste à travers le single bucolique Over The Pain, ou un A Pillow Full Of Tears mélancolique sur lequel un orage de montagne se laisse entendre avec, au loin, le tonnerre et sa pluie battante. Valeria habite la petite ville de Biella, entourée par les Alpes millénaires. Proche de son environnement, Valeria s'en inspire, s'en nourrit. On peut déceler en elle cette même petite flamme qui habitait Heather Findlay sur les premiers albums de Mostly Autumn. 

Valeria n'oublie pas non plus de chanter l'Amour, sous toute ses formes. You're The One, véritable déclaration, Evil Thoughts, The River... autant de chansons sur ce thème éternel... 

At The Break Of Dawn est un petit chef d'œuvre qui mérite amplement une grande reconnaissance. Avec ce disque attachant, Valeria poursuit son bonhomme de chemin sur les traces de grandes dames telles que, outre celles déjà citées, Jacqui McShee, Annie Haslam, Loreena McKennitt ou Joanne Hogg. Ce serait regrettable de passer à côté de cette artiste authentique, dotée d'une très grande sensibilité exprimée à travers ses chansons. 


Musiciens


Valeria Caucino : chant, guitare acoustique, bodhran, tambourin

Roberto Brasolin : claviers
Mauro Montabio : guitares, claviers, programmation
Francesco De Vincentis : guitares
Fabio Lamanna : piano
Emanuele Motta : basse
Gabriele Greggio : contrebasse
Alberto Lamanuzzi : batterie
Stefano Gilardi : harpe, chœurs
Dario Retegno : violon
Vito Dentamaro : violon
Adriano Zerbola : saxophone
Sandro Marinoni : flûte

Titres


01. The Beating Of Life
02. Over The Pain
03. Another Footprint In The Sand
04. A Pillow Full Of Tears
05. As I Roved Out
06. You're The One
07. Evil Thoughts
08. Now
09. The River
10. Flying From Ireland
11. Senza Limiti